Thomas Rames – Directeur de la Photographie

Afin de mieux connaître l’équipe qui travaille sur “La nuit de l’Alchimiste” nous vous proposons des petites interviews. Aujourd’hui c’est Thomas Rames, le chef-opérateur du projet qui nous parle.

1 – Salut Thomas, peux tu te présenter et nous parler de ton métier ?
Je m’appelle Thomas Rames, je suis opérateur de prises de vues. Dans un premier temps, je n’aime pas trop m’auto-proclamer chef-opérateur, on va plutôt dire que j’essaie de l’être. En effet, si l’on doit définir en quoi consiste ce métier, je dirais que c’est la personne qui s’occupe de l’image du film au sens propre, aussi bien d’un point de vue sémantique qu’esthétique. Il travaille conjointement avec le réalisateur pour définir quel propos, quel point de vue, donner à une image. Il essaie de définir les attentes visuelles du spectateur en fonction de l’intention précise du film. Techniquement, cela consiste à prendre des décisions au niveau du cadre et de la lumière sur un ensemble de plans que constituent le film. Évidemment, il travaille en collaboration avec tous les corps de métier liés de près ou de loin à l’image (opérateurs image, électriciens, machinistes mais aussi décorateurs, accessoiristes, maquilleuses, habilleuses, coiffeuses…). C’est pourquoi j’ai précisé au début de la réponse que j’essaie d’être chef opérateur, car cela reviendrait à dénigrer le travail de chef opérateurs avec des dizaines d’années de métier en insinuant qu’on se met à leur niveau.

Thomas Rames

2- Quelles sont tes références cinématographiques ?
J’essaie d’étendre mes références cinématographiques au maximum. Je pense qu’il est indispensable, surtout dans ce métier, d’aller explorer tous les terrains, même les plus dangereux, pour pouvoir trouver d’une part son inspiration, mais surtout pour pouvoir exercer son point de vue esthétique de l’image. Mis à part certains films qui peuvent être visuellement ratés, je ne pense pas qu’il y ait de films inutiles à voir, tout est bon à prendre tant que cela nous permet d’évoluer et de progresser dans ce que l’on essaie de faire au mieux. On peut tirer une leçon de chaque film que l’on regarde. De mon côté, j’essaie de regarder au moins un film par jour, pour justement m’exercer à porter un jugement le plus objectif possible sur ce dernier, et essayer de reproduire ou non, dans mon travail, ce que j’ai pu voir qui m’a plu. Après, en ce moment, je suis dans ma grande période nouveau cinéma scandinave (Roy Anderson, Jens Lien, Nicolas Winding Refn…). Je trouve que ces mecs sont des génies et que l’esthétique visuelle glaciale et en même temps pastelle que l’on retrouve dans la majorité de leurs oeuvres crée une ambiance, une atmosphère, que l’on a encore vu nul part. Sinon hier soir j’ai regardé L’Arme Fatale et je me suis toujours autant régalé!

3- As tu déjà éclairé un film d’époque?  A quelles contraintes vas tu devoir faire face ?
Non je n’ai encore jamais éclairé un film d’époque, et c’est là tout le défi, ce qui me motive le plus je crois, et cela pour plusieurs raisons:

  • dans un premier temps, à l’époque où se déroule le film, l’électricité n’existait pas, donc il faut penser à recréer tout un univers avec ce que les gens utilisaient à l’époque pour s’éclairer (lumière naturelle du jour ou de la nuit, bougies, torches…). Rien qu’à ce niveau c’est un défi de taille que j’ai hâte de relever. J’ai tout de suite pensé à des films d’époques tels que Barry Lindon (éclairé seulement à la bougie) ou encore Entretien avec un Vampire (éclairé par le français Philippe Rousselot).
  • Ensuite, le film entier se déroule la nuit. Deuxième challenge qui ne fait que me rappeler le premier… Néanmoins, les technologies numériques actuelles nous permettent d’avoir de très bon rendus en basse lumière pour un moindre coût. Je vous invite d’ailleurs à voir une web série consacrée aux tests de DSLR’s poussés dans leur retranchement (http://www.zacuto.com/shootout).
  • Enfin, il y a les costumes. Un film d’époque c’est aussi et surtout un film de costumes! Le travail avec les costumiers va être palpitant et, je pense, riche en idées ingénieuses.

4- Faire un court métrage pour PHILIPS c’est prendre en compte les contraintes visuelles du téléviseur 21:9.  Comment comptes-tu procèder ?
La technologie Ambilight est vraiment quelque chose de génial! Une télévision qui arrive à capter les différentes couleurs d’une image pour les projeter à l’extérieur de l’écran, je trouve ça assez incroyable, d’ailleurs j’aimerai bien savoir comment ils ont procédé! Afin de mettre au maximum en avant cette technologie, nous avons décidé avec Maël (ndlr: le Réalisateur) d’une intention très marquée au niveau de la couleur. Nous retrouverons beaucoup de bleu et de jaune orangé. Ainsi, toute la pièce dans laquelle sera visionnée le film sera éclairée de cette façon. Le spectateur sera alors englobé totalement dans l’univers du film. D’un point de vue technique, le choix du film d’époque nous conforte dans l’idée que ses deux couleurs seront les plus utilisées. En effet, le bleu glacial de la lumière de la lune sera rehaussé par des pointes de chaleur grâce à la lumière provenant de flammes de tous types (bougies, torches, lampadaires d’époque, feu…). Évidemment, nous allons jouer sur des forts contrastes pour accentuer le côté fantastique de l’histoire, en créant des zones d’ombre, des hors-champ dans le champ.
D’autre part, et sans vouloir trop révéler le fil conducteur du film, un élément lumineux aura un rôle principal dans l’histoire. Nous pourrons donc jouer avec pour faire varier les ambiances de l’Ambilight.

5 Responses to “Thomas Rames – Directeur de la Photographie”

  1. Alex Says:

    Hi
    Intéressante interview :)
    A propos de l’éclairage naturel et Barry Lindon. Pour eux c’était un défi de filmer ainsi, et j’imagine que ce le serait aussi pour vous surtout en filmant de nuit, même avec la techno actuelle non ?
    Vous pensez utiliser un éclairage artificiel d’appoint ? Ou tourner de “pas vraiment nuit” et d’assombrir ensuite comme on voit souvent en post-prod ?

  2. Thomas Says:

    Salut Alex,
    pour répondre à ta première question, je te dirais que bien évidemment c’est un défi pour nous. Il faut savoir qu’à l’époque, Kubrick a tourné Barry Lyndon avec une optique fabriquée par la NASA qui ouvrait à 0.7! Ils ont ensuite du bricoler pour l’adapter à leur caméra. Ils ont aussi utilisé des pellicules avec un traitement particulier qui les rendaient hyper sensibles. Les séquences de nuit à la bougie rendent donc super bien. Dans notre cas, nous allons certainement tourné au 5D (sous réserve d’avoir une RED) qui est un appareil qui travaille super bien dans les basses lumières et avec lequel nous pouvons pousser la sensibilité assez fort sans avoir de grain. Après, il faut aussi bien choisir les optiques pour avoir tout le temps une bonne ouverture.
    Concernant l’éclairage, nous allons certainement utiliser des projecteurs HMI pour simuler la lumière de la lune additionnés à des torches, bougies, et autres sources incandescentes renforcées par des sources tungstène.
    Mais nous allons réellement tourné la nuit et ne pas faire d’effet “nuit américaine” qui n’atteindrait pas le rendu escompté.
    La seule chose à savoir est qu’il n’y a rien de plus aléatoire à éclairer qu’une nuit, car on peut remarquer, dans la plupart de ce type de film (je t’invite à voir Entretien avec un Vampire) que la lumière est très rarement justifiée et ce n’est en aucun cas dérangeant. Nous sommes donc assez libre au niveau de la création lumineuse, et c’est çà qui est le plus compliqué!

  3. Alex Says:

    Hello Thomas
    Merci pour ta réponse.

    C’est bien Mael pourra se donner à fond pour sa passion des torches et autres objets enflammés ;)

    Et sinon il y a des optiques à l’ouverture extrême en dessous de 1 avec un 5D ? Dernièrement j’ai vu un 0.95 (Noktor) mais en µ4/3. Je ne sais pas si c’est courant… ?

    Je vais me programmer Entretien avec un Vampire. Je ne me souviens que de quelques scènes… d’intérieur !

  4. Thomas Says:

    Juste pour rectification, le lien dans mon interview est mauvais. Ça donne plutôt çà: http://www.zacuto.com/shootout
    En effet je ne connaissais pas ces optiques. Merci de nous faire partager cette info. J’ai l’impression qu’elles peuvent d’adapter sur des montures Canon. À voir!

  5. Alex Says:

    Oui euh… J’étais parti pour en acheter une et j’ai lu des retours négatifs sur l’absence de piqué de l’optique. J’attends d’avoir un peu plus de matière pour me décider.

    Voila 2 vidéos pour te faire une idée :
    http://www.vimeo.com/10076013
    http://www.vimeo.com/9820219

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